Annie David, sénatrice de l'Isère
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Très bonne question ! Réponse dans leur déclaration officielle, un texte qui définit leur ligne de conduite parlementaire et où les sénateurs du groupe CRC-SPG expliquent notamment quel rôle ils entendent jouer au sein de la nouvelle majorité sénatoriale.

Retrouvez ici l’ensemble des communiqués de presse publiés par les élus du groupe CRC-SPG.

EDUCATION ET RECHERCHE

Rapport d’information du groupe de travail « A quoi sert le baccalauréat ? » : contribution du groupe CRC

Par le groupe CRC / 12 juin 2008

Le rapport d’information qui vient de nous être proposé dresse pour la première fois un véritable état des lieux du baccalauréat. Une contribution de qualité, utile à un moment où l’ensemble de la communauté éducative s’interroge pour rompre avec l’échec et les inégalités scolaires et pour relever le défi d’élévation des connaissances et des compétences pour tous et toutes. Le baccalauréat ne peut évidemment pas, à lui seul, y parvenir. Rendre possible une scolarisation jusqu’à 18 ans, constitutive d’un haut niveau de culture générale, serait un atout pour relever ces défis. A condition de rejeter toute vision utilitariste quant à la finalité du système éducatif.

Que dire alors du baccalauréat ? Le rapport met en évidence le fait que le bac - et singulièrement les bacs professionnel et technologique - a permis, dans un premier temps, une élévation des connaissances, une massification et une démocratisation de l’accès d’un plus grand nombre vers le second degré. Il rend compte également des retards pris par notre pays dans le niveau de formation générale des jeunes. L’engagement politique de départ de mener 80% d’une classe d’âge au niveau du bac, s’est peu à peu transformé en 80% de réussite au bac. Or en 2007, seuls 63,6 % d’une génération a obtenu le bac, chiffre qui ne varie qu’à la marge depuis plus d’une décennie. La démocratisation du système éducatif est en panne, interrogeant ainsi l’ensemble du système.

Pour autant, nombre de personnalités auditionnées en ont fait état : le bac est devenu un symbole, un rite de passage, un objectif vers lequel se projettent les lycéens, les parents, les familles. Un seuil à franchir dans l’organisation sociale des âges de la vie. Le rapport réaffirme aussi le besoin de réinstaller vraiment le bac comme un critère d’évaluation de connaissances et de compétences acquises, à un moment donné de la vie, par tous et toutes. Il faut se féliciter qu’il plaide pour la conservation du baccalauréat, de son caractère national, de son organisation à l’échelon du pays et de la conduite des épreuves sous la surveillance d’examinateurs indépendants. Le bac revêt une double fonction : une certification et un diplôme de fin de scolarité du secondaire attestant d’une qualification reconnue et utilisable sur le marché du travail. Il est aussi le premier diplôme du niveau supérieur qui atteste d’un ensemble de connaissances et de compétences pour la poursuite d’études supérieures. Pour autant, le nombre important de jeunes sortant sans qualification, ni certification et l’échec de près de la moitié des bacheliers entrant à l’université, dès la première année, interpelle.

Si le constat et l’objectif de réduction de l’échec scolaire sont partagés, le champ trop étroit de la question posée - A quoi sert le baccalauréat ? - le contexte de forte rigueur budgétaire dans lequel elle intervient, ne répondront pas, voire iront à l’encontre de cet objectif. En effet, certaines propositions du rapport peuvent constituer de nouvelles entrées pour une réduction des coûts, une plus grande sélectivité et à terme un désengagement dans le service public de l’éducation.

Les débats ont souligné les limites d’une entrée aussi pointue pour la réflexion. Le rapport lui-même reconnaît la nécessité de s’interroger sur l’amont, mais n’évoque que le collège. De même, on ne peut évidemment pas déconnecter la question posée de son contexte. La réduction des dépenses publiques et les contraintes imposées aux pays membres par le Traité de Lisbonne, qui s’est fixé pour but de construire, d’ici 2010, « l’économie de la connaissance la plus compétitive et dynamique du monde », font obstacle au déploiement d’un haut niveau de culture commune. Et transforment profondément l’objectif poursuivi jusqu’alors par notre système éducatif pour le dérouter, avant tout, vers davantage d’employabilité.

Le rapport propose de faire de l’orientation une grande cause nationale. C’est en effet une question importante. Le groupe communiste républicain et citoyen a d’ailleurs déposé au Sénat, en octobre 2007, une proposition de loi visant à la création, au sein de l’éducation nationale, d’un service de la psychologie pour l’éducation et l’orientation des élèves. Ce service serait constitué de personnels - psychologues scolaires, conseillers d’orientation-psychologues - bien formés, en nombre suffisant, disposant d’un statut spécifique adapté à leurs qualifications et à leurs missions, garanties leur permettant d’assumer pleinement cette responsabilité. En effet, l’élaboration d’un projet d’orientation pour un élève, loin de se limiter à une simple question d’information sur la réalité des métiers, les formations offertes et leurs débouchés sur l’emploi, doit être en lien étroit avec le développement de sa personnalité et la construction de son identité. Une prise en charge de type psychologique est souvent indispensable pour prévenir, repérer, et remédier à certaines difficultés que rencontrent de plus en plus d’élèves, parfois dès leur plus jeune âge.

Si l’orientation est importante, elle n’est pas l’unique réponse à l’échec scolaire. Le rapport montre en effet combien la composition des différentes voies et filières est encore très marquée socialement. Rompre avec l’échec scolaire ne peut être que le résultat de tout un processus éducatif. C’est pourquoi - et là-dessus toutes les recherches menées aujourd’hui en science de l’éducation convergent - il faut insister sur l’importance décisive des premiers apprentissages et ce, dès l’école maternelle. Comment ne pas voir que le système est avant tout conçu pour des enfants ayant la chance, du fait de leur origine sociale, culturelle, d’être pré-instruits par des parents familiarisés aux pratiques langagières et aux codes qui régissent l’école et la société. Et qu’il en va différemment pour les autres, notamment ceux issus des milieux populaires pour lesquels l’école et l’accès aux savoirs ne découlent d’aucune évidence. Nous devons donc aussi nous interroger sur la façon de briser le processus de reproduction sociale des inégalités à l’école.

Le constat sur la hiérarchisation des filières et la suprématie de la filière S est partagé. Cette filière est toujours vécue comme la voie royale de réussite. Son attrait tient aussi à ce qu’elle répond à l’attente exprimée par beaucoup d’élèves et de familles d’une formation « équilibrée » et « généraliste ». Le rapport envisage donc un tronc commun - français, maths, philosophie, histoire-géographie, une langue vivante - auquel s’ajouterait un jeu d’options équilibré. L’idée qui appelle à une unification sur la base d’un tronc commun est intéressante. Elle peut répondre à notre exigence de haut niveau de culture commune pour tous et toutes. Mais pour réussir, cette idée a besoin d’être explorée et construite avec l’ensemble de la communauté éducative. Les incertitudes nées de la rigueur budgétaire et des annonces successives de réformes, prises sans concertation globale et préalable sur l’évolution de l’ensemble du système éducatif, pèsent dans le débat d’avenir que nous devrions avoir. Un tronc commun pour y mettre quoi et pour qui ? Pour la seule voie générale, comme le prévoit le rapport, ou pour les trois voies ? Avec quelle place pour les langues vivantes, les pratiques culturelles et artistiques ?

De la même façon, le rapport préconise d’étaler les épreuves du baccalauréat sur deux ans. Cette proposition ne doit pas conduire, au final, à supprimer des enseignements obligatoires en terminale et donc à diminuer le volume global des enseignements dispensés dans la matière considérée, ni à des suppressions de postes d’enseignants. C’est déjà le cas avec l’histoire-géographie qui n’est plus au programme des terminales STI.

Le rapport reprend à son compte la généralisation du baccalauréat professionnel en trois ans tout en garantissant le maintien du BEP, confortant ainsi sa valeur de diplôme intermédiaire et de voie de remédiation. Si nous nous opposons toujours à la généralisation du baccalauréat professionnel en trois ans, nous saluons la préconisation du rapport de maintenir le BEP. En effet, le BEP offre à des élèves la possibilité de reprendre confiance, autant en eux-mêmes que dans le système scolaire. Une position que notre groupe avait défendue, notamment lors du débat budgétaire, s’appuyant sur les premières expérimentations menées. Ces dernières ont montré que les élèves arrêtant leur scolarité durant la préparation d’un bac professionnel en trois ans restaient nombreux. Ils sortaient donc de l’école sans aucune qualification. Mais dans le même temps, le rapport préconise pour les bacheliers professionnels et technologiques que la poursuite d’études supérieures ne soit plus systématiquement envisagée. Quid alors de l’exigence d’un haut niveau de culture commune ? En contrepartie, la proposition de créer un crédit de formation professionnelle est avancée pour deux publics :

- « tout bachelier entrant dans la vie active une fois ses études secondaires achevées un crédit de formation professionnelle correspondant à 3 années d’études supérieures. Tout élève sortant ainsi au niveau du bac se verra garantir la possibilité d’élever son niveau de qualification sans nécessairement passer pour cela par des études supérieures en formation initiale »

- « à tout élève sortant du système éducatif sans diplôme de niveau IV (bac) un crédit de formation professionnelle correspondant au nombre d’années d’études le séparant du baccalauréat professionnel ».

Ce droit s’appuierait sur le modèle du compte épargne formation proposé dans le rapport de la mission commune d’information du Sénat sur la formation professionnelle. Ce dernier fait référence au droit individuel à la formation (DIF). Le DIF est une réelle avancée, mais dont l’efficacité est remise en cause par les difficultés que rencontrent de plus en plus les salariés pour l’utiliser. Il nous faut prendre garde, au travers de cette mesure, à ne pas renoncer à lutter contre l’échec au niveau de la formation initiale et de reporter cette responsabilité vers la formation continue.

De plus, cette proposition soulève un certain nombre de questions quant à sa réalisation, son cadre juridique, et bien sûr son financement. En effet, le rapport parle de « garantie » qui pourrait être financée par l’Etat, d’ailleurs en partie seulement. Quid des obligations d’offre et de financement qui incombent aux entreprises dans le domaine de la formation professionnelle ? Question d’autant plus importante qu’une réforme de la formation professionnelle, recentrée sur les chômeurs et les moins qualifiés, a été annoncée par Nicolas Sarkozy.

La formation tout au long de la vie pour tous et toutes est un principe que nous défendons en même temps que nous combattons toutes les tentatives de désengagement des entreprises dans le financement de la formation professionnelle. C’est là tout le sens de la proposition du Parti communiste français de la création d’une sécurité sociale de la formation professionnelle. Cette formation professionnelle doit se concevoir sur la base d’une formation initiale, solide et réussie, en lien avec le lycée et l’université, s’appuyant sur une éducation nationale à la hauteur des ambitions d’une grande nation.

Aussi, pour toutes ces raisons, et bien que ce rapport mette en évidence peut-être pour la première fois un consensus sur le constat, nous avons voté contre.


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Annie DAVID
Sénatrice de l’Isère

Présidente de la commission des affaires sociales

Membre de la Commission des Affaires européennes

Elue le 23 septembre 2001

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